Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Blog consacré à l'analyse des textes de Mylene Farmer

Consentement (part one)

Publié le 17 Avril 2008 par Mysterfrizz in Les textes expliqués

 Sans aucun doute l’une des plus obscures chansons de Mylène. La plus difficile à déchiffrer peut-être. Bien sûr, dans cette opposition du « vous » au « tu », on retrouve sans trop de difficulté des déclarations de Mylène sur le rapport amoureux, sur le mystère, la distance… Bref, l’idée du vouvoiement nous renverrait à une séduction qui prend son temps, qui laisse sa part au rêve, au mystère, à l’immensité de ce qui va se passer… Opposé à cela, le « Tu » renvoie à une intimité sans mystère, à une sexualité de l’immédiat. Le « Tu » a tué romance… Cette lecture peut fonctionner, c’est sans aucun doute, même, l’un des sens de la chanson… C’est donc par elle que nous commencerons… Nous verrons alors que, très vite, un doute s’installe, autour de phrases qui nous éloignent justement de cette idée d’une séduction douce, toute faite de lenteur…

En fait, pour comprendre un texte comme celui-ci, il faut accepter l’idée qu’il n’y a pas qu’un seul sens, mais un effet de déploiement de sens. Le texte part parfois dans plusieurs directions, et il ne faut pas, pour le saisir, choisir une des directions, mais les parcourir toutes, et si possible en même temps… C’est ce que j’essaierai de faire, dans la mesure du possible, au cours de cette explication.

 

I – Entre lenteur et vitesse : amour pur ou pur désir ?

 

Je veux du « Vous »

Parce qu’entre nous, c’est lentement

C’est lent

 

A un premier niveau de lecture, tout nous paraît clair. Mylène veut du « Vous », c'est-à-dire qu’elle veut que son partenaire la vouvoie. Autour du vouvoiement, c’est, comme l’a très bien fait remarqué Imtasare, tout le monde du grand siècle, la séduction codifiée qui se met en place. S’il faut vouvoyer, c’est parce que la relation amoureuse est toute de lenteur, parce qu’elle n’est encore qu’à un stade où l’on fait la cour, sans aller plus loin, en se laissant du temps pour passer à autre chose… Le rythme même des couplets, au ralenti, qui nous laisse imaginer une ballade, s’accorde alors complètement à cette idée… De plus, dans la répétition, Mylène fait encore plus ralentir son texte : sur les 14 syllabes de ces trois premiers vers, 6 sont consacrées à dire la lenteur… Le « c’est lent » final ne va pas non plus sans nous rappeler « L’amour naissant », il semblerait donc que nous en soyons bien à l’étape de l’innamoramento

 

Le songe est doux

Immensité des sentiments

 

Première explication du pourquoi de cette lenteur : il faut prendre son temps non seulement pour ne pas aller trop vite et trop loin en ce début de relation, mais aussi, et surtout, parce que « le songe est doux », c'est-à-dire parce que la première phase d’une relation, celle où l’autre paraît parfait et sans défaut a quelque chose de doux… Contrairement à la réalité de la vie, qui révélera bientôt tout les détails les plus sordides de l’autre, ce moment où l’on n’a pas encore sauté le pas permet d’imaginer cette relation comme quelque chose de parfait, où les sentiments sont immenses, sans limite… Cette immensité des sentiments, c’est donc, évidement, celle du rêve. Dans la vraie vie, il n’y a malheureusement pas de « pour toujours » en matière amoureuse si ce n’est dans la séparation. C’est ce que souligne Mylène en passant dans « Je te rends ton amour », quand elle dit « Je te rends ton amour, au moins pour toujours ». En général, dans la relation amoureuse, on promet d’aimer pour toujours. Ce faisant, on ment, puisque fatalement, tout amour humain est destiné à finir (la mort guette même les plus fidèles). Par contre, on peut en effet promettre de ne plus aimer pour toujours. Cette absence d’amour, même la mort ne pourra la supprimer. Nous avons donc, jusqu’ici, une chanson qui sur un rythme lent, fait l’éloge de la lenteur amoureuse, lenteur facilitée par le vouvoiement.

 

A perdre haleine

Le « Vous » me sied, le vôtre est plaine

 

Le « Vous » sied à Mylène : il lui va bien, et il lui plaît… En fait, il lui plaît même tant qu’elle en perd le souffle… Imtasare nous propose de comprendre que c’est à force de répéter ce « Vous » qu’on perd le souffle, et il est vrai que le mot est répété 30 fois dans la chanson… De plus, le « vous » de la personne aimée est comparé à une plaine… La plaine, c’est un espace uni, sans aspérités. Dans le vouvoiement de l’amant, on trouve quelque chose d’apaisant, comme un paysage de plaine, où rien ne dépasse. Il semblerait donc que nous soyons toujours dans cette affirmation du vous qui permet à la relation de prendre son temps, si on peut répéter le « vous » sans cesse, pendant longtemps, alors on reste dans la douceur et l’immensité, qui était ceux du songe, mais qui peuvent aussi être ceux de la plaine…

Pourtant, l’expression « perdre haleine » pose ici problème autant que l’image de la plaine… La plaine, en effet, ne se définit que par opposition à la montagne, à l’espace sauvage donc, au rocher qui surgit. Dès lors, l’apaisement devient soudain fragile et illusoire, tout comme, au début du texte, c’était le songe qui était doux… D’une histoire d’amour toute de pureté, il semble que le texte menace de nous faire tomber dans une histoire tristement réaliste… « Le songe est doux », d’accord, mais « vivre est dur » nous dit aussi Mylène dans « Dessine moi un mouton ». Le vous est une plaine, et amène à perdre haleine. Or perdre haleine, c’est aussi et surtout le résultat d’une action rapide… On parle ainsi de « courir à perdre haleine ». L’image de la lenteur que nous avions vue au début du texte semble être soudain démentie, tout comme le rythme de la chanson commence peu à peu à prendre de la vitesse, démentant par là l’idée qu’on aurait pu se faire d’une chanson lente…

 

 

 

Apôtre, j’aime

Quand le « Vous » me fait un enfant

 

Ici, le décalage avec le début est consommé. En effet, entre le « Vous » du début, qui nous faisait penser à une relation à peine naissante, qui n’en était qu’à sa phase de séduction par la parole et par la distance, et ce « Vous » capable de faire un enfant, il y a une distance surprenante. On voit ici comment la chanson balance entre rêve de lenteur, tout en douceur, chaste et pur, et rêve de rapidité, d’amour « à perdre haleine » qui peut mener à la conception d’un enfant. Le « Vous » qui fait un enfant, c’est l’amant encore inconnu (celui d’avant le mariage peut-être ?) et avec lequel on va pourtant faire l’amour. Comment comprendre l’allusion à l’apôtre ? Ce terme nous place dans le domaine du religieux, et on ne peut pas en faire l’économie si l’on veut comprendre l’ensemble des chemins que dessine le texte. Si Mylène adresse cette déclaration à un apôtre, à savoir qu’elle aime la consommation charnelle avec quelqu’un qui n’est encore qu’un vous, qu’un rêve, on peut y voir un début de blasphème… Retenons précieusement cette idée pour plus tard et proposons une autre interprétation. Les apôtres accompagnaient en effet le Christ, le fils de Dieu et de la vierge Marie… Or, ce « Vous » qui fait un enfant, c’est peut-être aussi le seigneur venant à Marie pour la mettre enceinte de son fils. (On sait d’ailleurs l’intérêt de Mylène et Laurent pour ce passage de la Bible qu’ils évoquent déjà dans « L’annonciation ». Dans Fuck Them All, on retrouve aussi cette même obsession avec le « faire l’amour à Marie »). Arrêtons nous un instant sur « L’Annonciation » pour bien comprendre ce qui se passe ici. Dans le texte de Laurent, en effet, l’image de la vierge apprenant par le saint esprit qu’elle va être enceinte du fils de Dieu est renversée au profit d’une autre image, celle de la jeune femme qui tente de se débarrasser de l’enfant qu’elle porte et qu’on lui a imposé, comme un viol. Blasphème donc à tous les niveaux puisque Laurent refuse de faire de Marie une vierge, fait de Dieu un violeur et imagine que la vierge a tenté d’avorter de Jésus. Pas la peine de creuser plus pour comprendre que le premier croyant venu en ferait une syncope. Si l’on va par là, nos deux interprétations de l’appel à l’apôtre se rejoignent dans le blasphème : soit Mylène affirme à un apôtre qu’elle aime faire l’amour avec quelqu’un qu’elle connaît encore assez peu pour le vouvoyer, soit elle s’assimile à la Vierge, mais alors on se souvient de l’Annonciation. Ici, Mylène confesse pourtant qu’elle aime quand le Vous lui fait un enfant. De victime violée par Dieu (vierge martyre pour  revenir à Fuck Them All ?), Mylène devient la victime consentante (d’où le titre ?)…

 

Ce premier couplet de la chanson, celui qui est chanté sur la partie musicale la plus lente, n’affirme donc pas tant, comme on le croyait au début, que le vous est un synonyme de lenteur amoureuse. Au contraire, il semblerait même que tout le début du texte fonction autour du paradoxe qui apparaît ici, entre distance du vous, dimension inconnue, et rapidité du contact physique. Il s’agit ici de partager son corps avec le « premier venu » (qui trouvera ça banal), pendant que l’âme rêve d’un amour chaste et qui aurait su attendre. Pourtant, nous l’avons vu, en arrière plan, des connotations religieuses planent sur le texte… Deuxième couplet…

 

Je veux du « Vous »

Quand les dessous sont tutoiements

C’est lent

 

Le jeu des oppositions se poursuit. Mylène veut du vous au moment où les dessous, c'est-à-dire les sous-vêtements sont tutoiement. On comprend bien ici la dimension fantasmatique du vous, son côté tout spirituel. Dire que les dessous sont tutoiement, c’est en effet envisager la proximité du tu, l’intimité, au niveau le plus sexuel du terme, quand les sous-vêtement se tutoient, c’est que l’on a déjà retiré tous les vêtements… Plus rien donc de lent dans cette relation amoureuse, les corps sont presque nus, prêts à se mêler. C’est à ce moment précis qui précède le moment du consentement, le moment où la femme va dire oui pour l’acte sexuel, que Mylène affirme à nouveau son désir de « vous ». Avant de céder au contact charnel, à la proximité physique, c’est ici l’affirmation d’une dernière hésitation, d’une dernière pudeur… Le « c’est lent » vient plus ici donner la parole à ce désir de l’âme… pour ce qui est des corps, il y a bien longtemps que la lenteur n’est plus de mise. D’ailleurs, même pour la chanson, nous voyons la musique commencer à accélérer…

 

C’est à genoux

Que je vous vois lécher mon sang

C’est blanc

 

Sans aucun doute le passage le plus obscur de la chanson… C’est lui notamment qui nous fera pencher vers une autre lecture tout à l’heure. Dans l’optique où il s’agirait d’une chanson sur la séduction et le désir, on peut en tout cas remarquer que l’idée de lécher le sang à genoux a une connotation fortement teintée d’érotisme. Sans vouloir faire dans le sordide, si la « femme nue [est] debout » et l’homme à genoux, alors l’endroit léché ne laisse que peu de doute. ;-) Le sang des règles vient alors contredire l’idée de maternité que nous rencontrions plus haut. Si règles il y a, il n’y a pas d’enfant… Ce sang c’est aussi celui du premier rapport, de la défloration. Mais le paradoxe ultime de ce passage réside surtout dans la rencontre entre sang et blanc… Cette scène de sexualité sanglante et un peu écoeurante (qui n’étonnera pas ceux qui ont vu le clip de « Beyond my control ») est pourtant décrite comme « blanche ». Le blanc est une couleur de pureté, si c’est blanc, c’est donc peut-être parce que ce rapport est justement, contrairement aux apparences, une sorte de purification… Dans le clip de « Je te rends ton amour », le passage par le bain de sang a en effet valeur de purification, puisque c’est une nouvelle Mylène, capable d’y voir et libérée de son alliance, qui quitte la chapelle. Si l’on rajoute à cette idée de purification celle de L’Annonciation que nous avions rencontrée plus haut, on ne peut que penser à la conception du Christ par l’opération du Saint-Esprit… A ce niveau, le texte part donc dans trois direction. Récapitulons rapidement :

1 – Soit le « c’est blanc » fonctionne comme le « C’est lent ». Devant un acte sexuel pervers, Mylène essaie de se convaincre qu’elle reste pure.

2 – Soit il y aurait effectivement ici un acte de purification dans le sang même comme dans le clip de « Je te rends ton amour »

3 – Soit c’est ici un nouveau rappel de « L’Annonciation », ou la vierge provoque son avortement dans le sang (« un caillot il m’a trahie »). Un problème nous est alors posé : si ce sang est celui de l’avortement, qui est donc celui qui vient le lécher ? Cette question, Mylène la pose d’ailleurs tout de suite :

 

 

A qui la faute ?

 

En effet, la question, avec le point d’interrogation placé ici, ne peut pas être, comme on voudrait le croire « A qui la faute si le tu a tué romance ? ». Ce « A qui la faute ? » est bien une phrase indépendante qui vient à la suite du passage précédent. A qui la faute donc, si ce sang est blanc, si ce sang coule, si quelqu’un ou quelque chose le lèche… Gardons nos trois niveaux précédents

1 – Lequel des deux amants est coupable de cette accélération de la relation qui fait que la pureté n’est plus qu’une illusion ?

2 – S’il faut se purifier dans le sang, qui est coupable, et de quelle faute ?

3 – Si ce sang est le sang de l’avortement du Christ, à qui échoit la faute ? A Dieu qui a mis Marie enceinte, à Marie, mère avorteuse du sauveur ou même, peut-être au Diable. Si l’on se permet de ramener le Diable ici, c’est notamment (mais pas seulement nous le verrons) en rapport à plusieurs clips et textes de Mylène qui associe cette image du sang et du diable : ainsi, dans le clip de « Beyond my Control », la femme qui fait saigner est une sorcière, dans le clip de « Je te rends ton amour », c’est l’arrivé du Diable qui déclenche le saignement, tout comme dans « Sans logique », Jésus est traîné dans la boue et recloué sur sa croix tandis que Mylène, possédée et armée de cornes, met à mort celui qu’elle aime sous l’influence du « malin mal habité », faisant couler son sang. Dans « Vieux Bouc » enfin, l’enfer est « dans le sang ». On voit donc que le lien est solide entre la figure du démon et le sang versé… Même si on ne sait pas trop quoi faire de ce lien pour l’instant, gardons ce troisième fil conducteur en mémoire pour plus tard. Revenons à notre première lecture…

 

 

 

Si le « Tu » a tué romance

Le « Vous », si j’ose

Parce qu’entre nous c’est lentement

 

On est en effet ici ramené à ce que nous disions au début sur la relation qui va trop vite. Si on passe au « Tu », si on se rapproche, alors la romance meurt… On voit bien ici que la mort de la romance est présentée comme une conséquence déjà accomplie. Ce n’est pas que le tutoiement tue la romance en général, mais bien plutôt l’idée que le tutoiement physique que nous avons rencontré plus haut, cette impatience du corps, a mis à mort la part rêvée de la relation…  On comprend dès lors mieux pourquoi la précision « si j’ose »… Après s’être rendue coupable, peut-être, d’une mise à mort de l’aspect idéal de la relation par une consommation physique trop rapide, Mylène aimerait revenir en arrière, au temps du « Vous ». Mais de la part de celle qui est peut-être coupable, celle qui a donné son « consentement »,  il y a une ambiguïté terrible à vouloir annuler ce qui a été fait… A nouveau le « parce qu’entre nous c’est lentement » se met à ressembler davantage à une affirmation qui rassure (du type, « c’est lent, n’est-ce pas ? »). Le refrain va définitivement nous faire sortir du cadre de la lenteur et confirmer que ce qui se passe ici, c’est bien un tutoiement du corps, rapide, intense et brutal qui n’a rien à voir avec le doux songe que Mylène semble vouloir y voir…

 

Vous, où ?

 

C’est la question qui scande tout le refrain. Cette question est essentielle parce qu’elle nous montre bien combien on est loin du vouvoiement. On peut en effet penser que l’accélération du refrain, qui met en présence le couple dans sa relation charnelle, vient justement souligner cette frénésie sensuelle, cette rencontre des « corps impatients ». Or tout le long de ce refrain/union sexuelle, Mylène se pose la question de la présence du « Vous ». Où est le vous pendant ce vol, pendant cette étreinte ? Si on peut se poser la question, c’est justement parce qu’il n’est plus là, parce qu’il a été perdu de vu. Dans l’emballement de la chair, on oublie le doux songe, on oublie la lenteur et la distance, bref, on perd le vous… On voit combien la chanson est donc trompeuse, puisque alors même qu’elle semble se prononcer pour l’usage du vous, elle témoigne en même temps de l’incapacité du corps à s’en contenter… C’est la logique de la pulsion qui est ici à l’œuvre, et le paradoxe n’est qu’apparent…

 

Et ce vol mène

Là où c’est l’apesanteur

 

Dans l’optique qui est la nôtre, ce vol, c’est le vol amoureux, l’envol. Dans la jouissance physique, on se libère des lois de ce monde, on parvient au septième ciel. Dans l’Ame Stram Gram, on pouvait aussi lire cette libération dans le rapport sexuel : « En moi, en moi toi que j’aime (...) il n’y a que ça qui nous gouverne ». Ce « ça », c’est justement la pulsion sexuelle, le corps à corps. Or nous savons tous qu’en psychanalyse, le « ça » est justement l’instance d’où s’engendrent les pulsions. Bref cette union nous libère des lois de ce monde…

 

Vous, où ?

Deux voyelles s’aiment

Là, sous l’accord majeur

 

Au milieu même de la relation de vouvoiement, deux corps se font l’amour en permanence : dans le mot « Vous », au cœur même, il y a une image littéraire du couple, à travers ces deux voyelles collées : vOUs. Ces voyelles s’aiment sous l’accord majeur. L’accord majeur : dire je suis d’accord, c’est donner son consentement, mais c’est aussi un terme musical…  Le fait même que la chanson fonctionne sur des accords mineurs est dès lors à comprendre comme le reste des affirmations de type « c’est lent ». Ici, Mylène montre cette union sous le signe du haut, du positif (du majeur), mais en réalité, la musique replonge dans le mode mineur, c’est une union du bas qui a lieu, pas une union des âmes…

Ce qui est intéressant aussi dans cette image des amants comme deux voyelles, c’est qu’elle témoigne d’une pensée du mot comme objet poétique. Dire que le « o » et le « u » de « Vous » s’aiment, représentent des amants, c’est se livrer à une sorte de métaphorisation des signes écrits… Cette réflexion sur le mot et sur la lettre ne peut dès lors que nous faire penser au sonnet de Rimbaud : « Voyelles ». Voyons ce que nous dit Rimbaud des deux voyelles qui nous intéressent ici :

 

« U, cycles, vibrements divins des mers virides,

Pais des pâtis semés d’animaux, paix des rides

Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux

 

O, suprême Clairon plein de strideurs étranges,

Silences traversés des Mondes et des Anges :

- O l’Omega, rayon violet de Ses Yeux »

 

On retrouve dans ce poème tous les éléments évoqués dans « L’amour naissant », associés justement à cet innamoramento : frisson de la mer (qui a froid), Ange tombé, Mondes… Les mots nous renvoient en filigrane au texte qui ouvre l’album… Les voyelles du « Vous » sont du côté d’un mysticisme de l’amour, d’une conception de l’amour comme rapport à tout un univers vivant.


Ces vers restent toutefois assez obscur et plurivoques, et s'il est clair que dans ces voyelles qui s'aiment il y a une connotation sexuelle, on a pu en proposer une autre explication. Ainsi, Woodstock, du forum MFIC, propose de lire dans cet accord dit "majeur" une relation sexuelle vouée à la reproduction, les deux voyelles devenant cette fois les "ah" et les "oh" évoqués dans Pourvu qu'elles soient douces.

Vous, où ?

A pas de loup, j’aime

Quand vous me faîtes peur

 

Mais à nouveau la question est posée, où est le vous, cet « amour naissant » tout fait d’idéal justement ? Nous avons bien vu déjà qu’il était fortement remis en question par la forme interrogative. Mais ici, la figure de l’amant se teinte de toute une dimension sombre et inquiétante qui vient confirmer ce que nous disions. Le loup, c’est, symboliquement, la virilité absolue, le monstre qui vient s’emparer des chaperons rouges en les entraînant dans son lit, et en leur montrant ses longues dents… Cette dévoration par le loup, les psychanalystes l’ont bien montré, est un symbole de défloration et de premier rapport sexuel. (Ce n’est pas pour rien si le chaperon est rouge). Ce qui nous est dit ici, c’est donc bien « Où est le Vous, si j’aime que mon amant vienne à moi dans toute sa dimension bestiale, brutale, voire effrayante ». A nouveau, c’est ici tout le contraire d’un amour naissant… Ce que Mylène aime voir, dans l’amour, c’est une figure du monstre (« Le viol a 1% de très excitant » disait-elle dans une interview il y a fort longtemps.) Ce lien entre dévoration, sexualité et aspect dangereux de l’homme court dans toute l’œuvre. On pensera par exemple à l’insertion des images de loup entre les scènes sexuelles du clip de « Beyond my control ».


La suite ici
Commenter cet article