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Blog consacré à l'analyse des textes de Mylene Farmer

Alice, version annotée

Publié le 17 Mai 2008 par Mysterfrizz in En bref

            Alice est une chanson à part, dans la veine de ces morceaux que Mylène et Laurent apprécient beaucoup : texte court et répétitif, murmures ou voix parlée, comme pour  une incantation. C’est ainsi que fonctionne des chansons comme Psychiatric, Mylène is calling ou encore La ronde triste et Effets Secondaires… A la première écoute, la chanson semble évoquer, à travers l’imaginaire de l’araignée, une histoire de suicide et d’absence. Mais ce suicide n’est peut-être en réalité que mise à mort de soi, par soi, résultat de la lutte contre ce fantôme intérieur évoqué dans Et tournoie. En effet Mylène elle-même a décodé, au cours d’une interview, cette figure de l’araignée : il s’agissait pour elle d’évoquer le côté obscur de sa personnalité, son inspiration mortifère, son goût du néant. Au cœur d’Anamorphosée, album nous l’avons dit de la lumière, ou du moins de la pulsion vers la lumière, vient donc s’élever une plainte divergente, qui semble regretter les inspirations antérieures, et l’obscurité. Pour fuir le poids du passé, Mylène a du voir mourir une part d’elle. Pour accéder à la lumière, la petite araignée Alice, lointaine descendante de la Veuve noire de 1989, à du être abandonnée aux ténèbres, au « black-out »… Cette chanson est donc tout autant chant du cygne qu’annonce de la renaissance[1] à venir de ce petit être diabolique mais chéri.

 

Mon Alice[2], Alice

Araignée maltèque[3]

Mon Alice, malice[4]

Arachnée hightek[5]

Mon Alice, Alice

Pendue au bout de son fil[6]

Dépressive l’artiste[7]

Exit, exit[8]

 

Dans ta boîte

Toutes tes pattes

Le black-out[9]

Petite âme

 

Comme tu me manques

Comme tu me manques

Comme tu me manques

L’araignée[10]



[1] Et en effet, Alice ne meurt jamais. Dans Lisa-loup et le conteur, après une mort qui désole tous ses amis, la petite araignée revient pourtant à la vie.

[2] Le choix du prénom du personnage de Lewis Carol est fortement signifiant. Alice, c’est celle qui, De l’autre côté du miroir, sais voir « ce que les yeux ne peuvent pas voir ».

[3] Abréviation probable de « guatémaltèque », le fait qu’Alice soit une « étrangère » à l’intérieur même de la chanteuse participe de sa dimension mortifère. Le désir de mort en soi, nous le connaissons, mais il semble en même temps, clairement, venir de l’extérieur, du lointain…

[4] Outre le jeu de mot, nouvelle contraction pour « ma alice », l’idée de la malice renforce ici clairement la dimension satanique de l’araignée. Elle est en quelque sorte fille de ce « Vieux Malin » avec lequel Mylène entretient une relation trouble depuis le début de sa carrière.

[5] Jeu plaisant entre l’ancien et le moderne : d’un côté langue grecque et mythologie, puisqu’Arachnée est la première de toutes les araignées, suite à sa métamorphose par Athéna ; de l’autre, anglais et modernité, technologie… Alice, en « arachnée hightek », tisse un lien entre l’ancienne manière de Mylène et la nouvelle. Elle permettrait d’assurer la survivance de l’ancien univers au chœur même du nouveau.

[6] Il faut ici faire un parallèle avec la chanson Et tournoie, qui décrivait la bataille qui se livre à l’intérieur même de l’âme de Mylène et où on peut lire une sorte de préfiguration du suicide ici accompli : « ton fil tu l’aimes déjà », chante en effet Mylène à un moment. 

[7] L’araignée Alice fera un retour remarqué dans Lisa-Loup et le conteur, où elle est introduite de la manière suivante : « Partout des centaines de toiles d’araignées faisaient des frises au plafond, mais plus de locataires, juste un air débonnaire… Pourtant quelles toiles de maître ! (…) Il faut être fou pour les abandonner ! Elle est, c’est indéniable, une véritable « Artiste » l’araignée qui les tisse… »

[8] Dans California, il s’agissait déjà de « prendre l’exit ». A la lumière d’Alice, on voit donc encore plus clairement se manifester toute la dimension mortifère de cette chanson d’ouverture.

[9] Si parallèle il y a avec Et tournoie, on doit ici constater qu’Alice n’a pas pu, ou pas su, mettre cette fameuse « âme de lumière ».

[10] Ce manque n’est guère rassurant. Outre qu’elle symbolise les anciennes thématiques, Alice est aussi un symbole de la pulsion de mort. Sur le programme du tour 96, on trouve un petit dessin de Mylène, qui la représente assise, les mains apparemment ligotées par un fil, un autre fil s’enroulant autour de son cou comme la corde d’un pendu. Dans une bulle s’échappant de sa tête, on voit justement représentée la fameuse petite araignée. Or à côte de ce dessin figurent quelques mots tirés de l’instant X, chanson où le laisser aller est largement évoqué. De la même manière, dans le clip de C’est une belle journée, c’est à nouveau l’araignée qui vient mettre en scène ces idées noires de la chanteuse, ce désir d’aller se coucher, dont on peut aussi comprendre qu’il est un désir de mort.

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