Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Blog consacré à l'analyse des textes de Mylene Farmer

Q.I. : les plaisirs sémantiques de Mylène Farmer (part 1)

Publié le 19 Avril 2008 par Mysterfrizz in Les textes expliqués


 

Après le très littéraire « Innamoramento », bourré de phénomènes d’intertextualité, c'est-à-dire de renvoi à d’autres textes, le nouveau cru farmérien semble soudain bien simple, et bien dépouillé. La chanson QI, deuxième extrait de l’album Avant que l’ombre… étant peut-être un des exemples les plus marquants de ce qui ressemble à un tournant dans l’écriture de Mylène. Ici en effet, plus d’anathème, plus de souffle du Néant et de Puissances du Dedans… Au contraire, le vocabulaire se fait trivial, voici le temps des culs et des cons. Pourtant, derrière cette apparence, nous verrons que, peut-être plus que jamais, c’est une approche purement langagière qui préside à la rédaction de ce texte. Mylène joue sur les mots depuis toujours, elle en est « amoureuse », comme elle se plaît elle-même à le dire. Ici, nous verrons comment, au-delà même de la « littérature », c’est le langage lui-même qui devient ferment de l’image. Amoureuse des mots des autres d’abord, Mylène semble n’être désormais plus qu’amoureuse des mots, tout court… Dès lors, il s’agit de les accoupler, de les mélanger, de les marier… Le texte devient alors une véritable machine à plaisir.

 

Même si j’en ai vu des culs

C’est son Q.I. qui m’a plu

Je vis le choc de cul-ture,

La belle aventure

 

Affirmation, dès le début de la chanson, d’un passé érotique. C’est le mouvement général du texte. Il y avait un avant, temps de débauche où l’on voyait des culs, des cons, et même des cas, mais dans le présent, Mylène semble avoir découvert une autre forme de plaisir. Elle est amoureuse d’un QI… Donc amoureuse d’un esprit et non d’un corps… Pas si sur… En effet, en mettant en rapport dès les premiers vers les mots « cul » et « Q.I. », Mylène nous amène à comprendre que ce qui lui a plu, bien davantage que le quotient intellectuel de l’autre, c’est son Q intellectuel… Union donc des plaisirs du corps et de l’esprit, le sexe se veut ici pensé, support d’un travail de l’intellect. La coupure de culture en cul…ture, si elle peut sembler un peu facile est en fait très intéressante. Tout d’abord, ce genre de jeu vient souligner combien pour Mylène Farmer, les paroles sont des textes à part entière. En effet, sans le passage à l’écrit, le jeu de mot devient inaccessible, ou du moins plus discret. Ici, il est au contraire souligné avec force. Le sexe vient alors en quelque sorte dynamiter la culture, puisque le mot éclate, se trouve coupé en deux. En même temps, ce procédé est un procédé purement littéraire, un jeu sur les mots… Les points de suspension marquent un arrêt de l’esprit qui remarque soudain que dans le mot culture, il y a « cul » uni a autre chose. Ce quelque chose, qui reste, c’est « ture ». Or –ture ne veut rien dire alors que cul veut dire quelque chose… Ainsi le troisième vers garde un sens si on s’arrête aux points de suspension. Je vis le choc de cul. Très vulgaire d’ailleurs, mais c’est le but, on est justement du côté du cul. « Ture la belle aventure » ne veut au contraire rien dire du tout. Dès lors, le texte semble nous faire la démonstration du fait que si on enlève le cul à la culture, elle perd tout sens… Si, comme l’écrit Stoker « le sang c’est la vie », Mylène répond que « dans le texte, le sang c’est le sexe. » La force vitale qui coule dans le texte, figé, immobile et mort, c’est justement le sexe… Celui que l’auteur y a placé volontairement, mais aussi celui qui court de manière diffuse, sous-jacente, par les jeux de l’inconscient. Plus encore, le sexe dans le texte est aussi fondamental en tant que symbole : dans « Consentement », nous avions vu que deux voyelles pouvaient s’aimer. Les jeux sonores sont donc la manière qu’ont les mots de s’accoupler, de s’unir entre eux. On est donc au cœur de tout : au cœur d’une pratique littéraire qui se veut vivante et donc sexuelle, au cœur d’une pratique sexuelle qui se veut intellectualisée et qui donc s’exprime avec des jeux de mots et des assonances, par le texte… Faire l’amour et écrire une chanson sur l’amour deviennent peu à peu des quasi équivalents, sans que l’on arrive bien à distinguer ce qui est le plus important pour Mylène.

Mais ce qui est aussi intéressant, c’est de noter combien Mylène semble avoir de recul par rapport à ce qu’elle dit. La manière de chanter nonchalante d’abord, nous fais pencher vers une forme d’auto-dérision que renforce le « la belle aventure ». En effet, on peut comprendre : je vis le choc de culture, (je vis) la belle aventure. Mais on peut aussi comprendre cela comme, « je vis le choc de culture : la belle aventure », comme on dirait « la belle affaire »… Mylène semble nous dire qu’au fond, le choc de culture n’est pas grand-chose, juste des mots…  

 

Même si je suis dans son lit

C’est son QI qui me lie

A lui pour la vie entière

Bien que solitaire

 

Réaffirmation de la primauté de l’esprit sur le corps… Avec la modalisation en « même si », Mylène pointe du doigt une contradiction. Elle affirme que ce qu’elle a aimé chez l’autre, c’est son QI, et pourtant, la relation est aussi sexuelle… La femme est dans le lit de l’homme, elle est objet de lit. Or le lit, c’est l’espace de la vie sexuelle, de l’intimité érotique du couple… La rime entre lit et lie, qui met les mots en rapport, n’est pas anodine… C’est le QI qui lie, nous dit Mylène, et pourtant, ce qui est lié, par la rime, ce sont les mots lie/lit… Ce qui est lié, et liant, c’est donc bel et bien ce qui se passe au lit… C’est le Q bien plus que le I… Car en effet, le Q, outre que cela sonne comme le mot « cul », c’est aussi le nom de cet étrange club à fantasme que l’on retrouvait dans le clip de « Que Mon Cœur Lâche ». Or le sexe tel qu’il intéresse Mylène passe justement par le fantasme, par le jeu sur les mots, par les rimes… On bascule à nouveau du côté du I.  Le lit lie le cul au QI… Dans cette union chair/esprit, profondement anti-chrétienne, on se met à viser un amour toujours, rarement envisagé par la chanteuse dans ses textes… Dans « Je te rends ton amour », justement, on avait pu voir comment c’était l’absence d’amour qui durait « pour toujours », et plus globalement, dans Innamoramento, l’amour n’était que ce phénomène éphémère, fugace, à l’état naissant justement. Ici, la promesse est faite : « pour la vie entière »… Cette promesse, on va la retrouver un peu plus loin… Il s’agit bel et bien ici d’engagement… Dans l’union de l’esprit aux plaisirs du corps, Mylène semble avoir trouvé le moteur d’une histoire d’amour durable, et ce « bien que solitaire ». Le rappel de la nature solitaire de l’amante, écho net à Innamoramento et à celui qui « n’as pas cru [sa] solitude, ignorant ses cris ses angles durs… » vient poser une menace sur cette relation qui pourrait durer toute la vie… Mais pour la première fois, la solitude passe au deuxième rang… L’album Avant que l’ombre, c’est sans doute une de ces caractéristiques majeures, vient souligner le triomphe de la présence… Dans beaucoup de chansons, l’autre n’est plus une douleur ou un manque, il est au contraire là, et la solitude est réduite à l’impuissance par le « bien que »… Chanson d’amour optimiste pour de bon, Q.I. fait en quelque sorte figure d’ovni dans la carrière farmérienne. Pour la première fois l’amour se raconte au présent, et non pas dans une futur immédiat et incertain (« J’attends », « Innamoramento « , « L’autre » par exemple), ou dans un passé douloureux (« Beyond my control », « Je te rends ton amour »). La leçon de « Serais-tu là » semble avoir été appliquée. « Si j’avais su » est trop tard chantait Mylène… Cette fois le pas est fait.

 

Et moi j’en ai vu des culs

Mais son QI qui eut

Le dernier mot pour m’avoir

Là sur le plongeoir

 

Et en effet, c’est bel et bien de passer le pas qu’il s’agit. Retour au regard sur le passé sexuel, les culs se multiplient. Avec ce besoin de répéter la phrase,  Mylène semble confesser de très nombreuses « relations pornographiques » pour reprendre le titre d’un film. A nouveau le texte dit que c’est l’intellect de l’autre qui a eu « le dernier mot ». On est donc dans le champ lexical d’un amour non pas basé sur les sens et le corps, mais sur l’esprit… Notons aussi, dans le même ordre d’idée, la rime interne « QI qui eut » qui mélange totalement les sons [kuikiu] et vient nous faire pencher du côté du jeu de mot et donc du jeu de l’esprit. Mais ce passage dit le renversement de manière peut-être encore plus habile que les couplets précédents. En effet, la rime cul/eut nous pousse à envisager que ce que le QI de l’autre a eu, bien plus que « le dernier mot », c’est justement le cul de son amante. Derrière l’affirmation de la primauté de l’esprit, on arrive à la description masquée des plaisirs du corps. La fin du couplet semble d’ailleurs confirmer ce que nous disions, en évoquant des ébats polissons sur un plongeoir… Or c’est là que tout se mélange à nouveau… En effet, Mylène dit «  sur le plongeoir ». Ce « là » pose problème. Là, en effet, renvoie au lieu précis de l’énonciation. Autrement dit, si j’écris : « je vois là », ce « là » renvoie à mon appartement, où je suis en train de rédiger cette analyse. Dans le cas du texte, « là » c’est donc le lieu ou le moment précis de l’écriture. Alors certes, on peut se dire que Mylène a écrit le texte de QI au bord d’une piscine… Mais ce « là », il me semble, nous pousse à envisager de manière différente l’idée de plongeoir. Si au moment où Mylène écrit la chanson elle a l’impression d’être « sur le plongeoir », c’est peut-être aussi parce que, suite à toute la séduction de l’autre, elle s’apprête pour la première fois à s’engager de manière totale et réelle dans la relation, et à abandonner sa vie « monacale » pour franchir justement la « porte entrouverte » d’Innamoramento. Elle est donc sur le plongeoir parce qu’elle s’apprête à faire le grand saut. Il y’a dans le texte de QI quelque chose qui sonne le triomphe du réalisé sur le fantasme. L’album Innamoramento était un album du désir rêvé… « Quand je fais ce rêve étrange et quand pénétrant tes songes » chante Mylène dans « Serais-tu là ». Outre l’hommage à Verlaine, on voit bien comment le texte nous place dans le domaine du rêve : c’est dans ses rêves que Mylène pénètre les rêves de l’autre. On est loin de la réalité physique et charnelle que prêche QI. Album du rêve, du « songe doux », et de l’ascèse (« l’être se monacale », « ma vie ce monastère »), Innamoramento n’a rien guéri. Avec « Avant que l’ombre », Mylène semble tenter une entrée dans le réel : « Fi de l’ascèse ! Ma vie s’enténèbre » écrit-elle dans « L’amour n’est rien ».

 

Bien sur j’en ai vu des cons

Mais son Q.I. me rend com-

Plètement occise de désir

Quitte à en mourir

 

Retour à l’évocation du passé. Autour du mot con, nous sommes à nouveau dans l’ambiguïté… Soit en effet Mylène parle de « cons » au sens le plus courant du terme, ce qui semble coller avec l’idée que c’est justement le QI qui l’a séduite. Soit elle évoque de potentielles aventures lesbiennes, con étant la version argotique de « l’origine du monde ». Avec ce deuxième sens, le « bien sur » prend une connotation nettement plus malicieuse, puisqu’on sait combien la rumeur a voulu prêter à Mylène des relations homosexuelles. Or ici, elle présente cela comme une évidence. Toujours dans ce même registre, très léger et enfantin, du jeu de mot, la coupure de « complètement » vient créer un paradoxe amusant : l’intellect de l’homme rend Mylène idiote. Cette image reviendra d’ailleurs dans les couplets suivants… Mais si on revient à QI = Cul I, on peut aussi se dire que la façon qu’à l’amant d’intellectualiser la relation sexuelle, de la mêler de mots, fait que Mylène devient un con, un sexe. A nouveau l’intellectualisation des rapports sexuels entraîne un désir irrépressible. La femme, devant l’autre n’est plus qu’un sexe, un lieu de plaisir… Je dis « un lieu » parce que dans tout l’album, le cul, le sexe, sont pensés comme des équivalents microcosmiques du macrocosme qu’est le monde. Le sexe de la femme est un monde à parcourir, à découvrir (« j’ai dans ma sphère un effet de serre », manière délicate de dire que l’on a le feu au cul, mais surtout manière habile de souligner cette adéquation entre le globe terrestre et le postérieur de la femme)

Le QI rend con, réduit à un sexe, arrête la réflexion pour cantonner la femme à un désir. Il y a dans cette position, quelque chose qui renvoie à la vision de la femme objet, et qui pourrait nous choquer. Ce désir total d’appartenir à l’autre pourrait au bout du compte se révéler mortifère, être une annihilation de l’être même de Mylène. Une mort en soi. Il ne faut cependant pas se laisser duper. C’est en effet autour d’un travail sur les mots que nous est révélé ce risque, c’est donc, bien loin d’un simple con attendant d’être « bourré de nœuds mâles », une femme qui maîtrise la langue qui  nous parle. « Langue morte ? Oh non ! », lirons-nous un peu plus tard. Dès lors, on est amené à envisager la phrase différemment. L’intellect de l’autre amène Mylène à se faire pur désir sexuel, mais l’expression de ce changement est le fait d’un jeu de mot (donc jeu de l’intellect) assumé par Mylène. Du coup elle meurt de désir, ou plutôt de n’être que désir. En même temps, avec le choix du terme « occise », volontairement désuet, Mylène à nouveau fait œuvre de femme de QI. En effet, occire, qui veut dire « tuer » renvoie en grande partie au monde du XVIIème, au duel à l’épée. Dans « occise », il y a l’idée de pénétration par la lame de l’épée, il y a le « glaive ». La symbolique éminent phallique de l’épée vient donc à nouveau souligner combien nous sommes bien du côté du corps, de l’organique. L’écriture de Mylène n’a peut-être jamais été aussi « feuilletée » que dans le texte apparemment simple de QI. En effet les sens se recouvrent et se pénètrent sans cesse les uns les autres. Car le glaive/phallus, c’est aussi celui que Mylène manie d’une main experte dans « Fuck Them All » pour transpercer « les discours trop prolixes ». S’agit-il donc de se faire transpercer par le sexe de l’autre, dans un rapport violent, presque sanglant, ou au contraire de transpercer en retour par l’emploi affuté que l’on a de la langue ?

Et en effet si l’expression habituelle dit « mourir de désir », Mylène la transforme donc en « être occis de désir », ce qui amène l’idée de pénétration, faisant de l’acte sexuel une mise à mort (idée bien connue de l’orgasme comme « petite mort »), une scène de corrida à la « Sans Logique ». Du coup, pouvoir des mots : en jouant ainsi sur le langage, on crée la possibilité d’une mise à mort. En effet, mourir de désir est ce que l’on appelle une catachrèse (quel joli mot :D), c'est-à-dire une métaphore figée, qui ne veut plus rien dire. C’est le cas en français d’expressions comme « avoir le cœur sur la main » que l’on emploie sans penser à ce que l’on dit, et certainement pas pour imaginer un cœur fraîchement arraché posé sur une main. En disant qu’on meurt de désir, on ne fait que reproduire un cliché du langage, rien ne se passe, l’expression est morte. Or, nous l’avons dit, Mylène ne veut pas d’une langue morte. En employant un mot daté, en le ramenant à la vie, Mylène ressuscite aussi l’expression mourir de désir, et du coup se met en danger. L’écriture se fait risque, performative pour employer un gros mot, parce qu’en mettant des mots sur quelque chose, on lui donne une forme de réalité… Ce qui se joue dans QI, outre l’affirmation de l’union possible et nécessaire du sexe et de l’intellect, c’est aussi une sorte d’art poétique.

 

Même si j’en ai vu des cas

Son QI moi me rend coi

Devant telle érudition

Langue morte ? Oh non !

 

Ce couplet se construit exactement comme celui qui commençait par « bien sur j’en ai vu des cons ». Le mot  « cas » en effet, peut désigner, dans un état ancien de la langue, la même partie de l’anatomie féminine que le mot « con », c'est-à-dire le sexe. On en trouve des exemples chez Ronsard, dont je vous invite à lire un petit extrait qui change du traditionnel « mignonne  allons voir si la rose » en cliquant ICI.

Si Mylène a vu des cas, l’intellect de l’amant la réduit au silence. Elle en reste en quelque sorte bouche bée, faisant de sa bouche justement un lieu ouvert, tout le contraire d’un sanctuaire. Ce silence de la femme face à l’intelligence de l’homme a quelque chose de comique, et je pense qu’il faut y lire un peu d’ironie. Mylène nous joue ici le numéro de la femme qui reste béate d’admiration devant son cher et tendre. Il nous semble que ça ne ressemble guère à l’image qu’elle a pu donner d’elle jusqu’à présent.  Le silence est d’autant plus troublant qu’il est nié par la phrase suivante. En fait ce couplet dit tout et son contraire. D’un côté que l’intellect rend muette et de l’autre que face à l’érudition, la langue ne reste pas morte justement ! Dès lors, on peut se demander s’il n’y a pas jeu sur la faute « coi » au lieu de coite. Mylène qui vante l’intellect de son homme, fait « sa blonde » en reproduisant la faute commise à la télé… Du coup la question devient aussi, par homophonie : son QI moi me rend quoi ? A cette question, on avait envie de répondre « con », puisque c’est ce qu’elle annonçait dans les premiers couplets, et c’est justement à ce moment là qu’intervient la faute… Ironie sur elle-même ou étourderie passagère… Difficile de trancher. En tout cas le jeu de mot sur coi/quoi ? reste fonctionnel dans les deux cas. Je voulais au passage ici faire remarquer qu’il semble que ce soit une caractéristique de Mylène que de se refuser à mettre certains adjectifs au féminin… Dans Lisa-Loup, Lisa remarque à un moment « je suis mou comme… comme de la sauge ». Or si l’on peut se dire que Mylène ne connaît pas le féminin de coi, il parait assez improbable qu’elle ne connaisse pas le mot « molle ». Dès lors, on est amené à se dire que l’emploi du masculin est volontaire dans les deux cas… Tic de langage peut-être, coquetterie d’auteur.

Reste le « Langue morte ? Oh non ! » que nous avions été amenés à évoquer dès le début de l’analyse. L’érudition renvoie en effet à un savoir livresque, poussiéreux, au latin et au grec par exemple, langues mortes par excellence… Mais ici, ce n’est pas d’elles qu’il s’agit. Quand Mylène nous parle de langue morte, elle fait à la fois référence à la langue/langage en général, qui meurt si on ne le fait pas se tordre fixement (comme le ciel dans « Les mots »), et à la langue organe, qui stimulée par le QI, entre en action… De plus, si la langue n’est pas morte elle est vivante… Le recours aux langues dites « langues vivantes », c'est-à-dire les langues étrangères se retrouve ainsi dans « Porno-Graphique », qui évoque justement une langue qui se délie : à la fin du texte, Mylène se met à parler espagnol…

 

Et quand je suis dans son lit

C’est son QI qui me lit

La physique des quantas

Quant-à-moi je crois que…

 

Cette fois, plus de recul de Mylène sur sa présence dans le lit. Plus de « même si ». La dimension sexuelle est assumée, il faut dire aussi que l’on est à la fin du texte. Le QI lit, mais lit et lit ne font qu’un, lecture et sexualité, d’autant plus que ce qui est lu, c’est de la physique… De la physique, jeu de mot évidemment, avec le côté très physique, très charnel de toute la chanson. Il y a à nouveau autant de Q que de I dans la relation, un équilibre parfait. Du coup les plaisirs sémantiques se poursuivent, la physique est celle des quantas, et quant au physique, Mylène croit que… à moins qu’elle ne croit « Queue »… Les sons se répètent comme le va et vient du rapport sexuel, nous avions  « z’effrois, c’est froid », maintenant quantas, quant-à (le premier qui parle d’une allusion à Marie Trintignant et Bertrand Cantat se fait laminer la tronche)… En moi, en moi, toi que j’aime, DIS moi combien de fois… Déjà dans l’Ame Stram Gram il y a avait ce plaisir et cette intrication du sexuel et du confidentiel… Déjà dans « Les mots », les mots justement, pouvaient « caresser ». On pourrait bien essayer de trouver un sens à l’allusion à la physique quantique, mais je crois que ce serait passer à côté du véritable processus d’engendrement d’un texte comme Q.I : les sons appellent les sons, les sons appellent les sens, et d’écho en échos, on obtient une chanson qui se fait ode aux plaisirs textuels...

Commenter cet article

BORTELLE 08/05/2017 12:55

Intéressante analyse (ça change des banalités qu'on peut lire un peu partout). Dommage toutefois que ce soit si long et si délié car le sens de cette chanson est d'une évidence immédiate dès les premières écoutes. Dommage aussi que ne soit pas fait le rapprochement avec d'autres titres qui déjà évoquaient la suprématie de l'esprit sur le corps ("Méfie toi" et même "Pourvu qu'elles soient douces" avec le double sens du mot "prose" notamment). Enfin, la référence directe à Gainsbourg (chanson "Je pense queue")n n'est pas évoquée (or, elle est évidente et ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'elle fait un clin d'oeil à Serge ("Ton couteau dans mon play" dans "Dernier sourire" ou "Puisque", je ne me souviens plus). Beaucoup d'allitérations aussi dans ce texte de "QI" (rondeurs d'un Rodin etc.). En fait, ce texte (qui est un de mes préférés de MF) est d'une richesse incroyable, très loin de ce que beaucoup en ont compris.